L'IA en famille : enfants et petits-enfants · Ce que les jeunes font avec l'IA · Leçon 4 sur 13
En parler sans sermon
À faire
Cette leçon n'est pas encore ouverte
Vous avez une phrase toute prête sur le bout de la langue. Elle va clore la conversation en huit secondes. Aujourd'hui, nous la remplaçons par cinq questions qui font parler, et par le bon moment pour les poser.
Objectif : À la fin, vous saurez poser cinq questions ouvertes qui font parler un jeune de ses usages de l'IA, au lieu de fermer la discussion.
La vidéo
Transcription (le texte de la vidéo)
Dans cette leçon, nous préparons une conversation. Pas un discours, pas une mise en garde : une conversation. À la fin, vous aurez cinq questions qui font parler un jeune de ses usages de l'IA, et vous saurez à quel moment les poser.
Deux positions ferment la porte. Celle du gendarme, qui annonce le danger, interdit et surveille : l'enfant apprend que le sujet coûte cher, donc il se tait. Et celle du naïf, qui sourit et dit que c'est leur monde : l'enfant en tire la même conclusion. Il existe une troisième position, confortable et sans compétence technique : l'adulte curieux. Et les jeunes l'appellent. Dans l'enquête de mai deux mille vingt-six, plus de huit sur dix demandent davantage d'informations sur les risques.
Une bonne question porte sur ce qu'il fait, pas sur ce qu'il est. Elle demande une démonstration plutôt qu'une justification. Voici les cinq. Montre-moi comment ça marche. Qu'est-ce que ça fait mieux qu'un moteur de recherche. À quoi ça sert, le soir. Qu'est-ce qui a déjà agacé là-dedans. Et enfin : qu'est-ce que les enseignants en disent. Aucune ne se répond par oui ou par non.
Regardez l'écran. Nous donnons à l'assistant trois phrases que nous avions envie de dire, et nous lui demandons de les transformer en questions ouvertes. Il propose trois versions, et il ajoute pour chacune l'erreur qui la ferait échouer. Nous relisons, et nous en corrigeons une : parler de temps gagné suppose déjà que du temps est perdu. Nous la récrivons en quatre mots. Cinq minutes de préparation valent mieux qu'une heure d'explication.
À vous maintenant. Écrivez d'abord, à la main, les trois phrases que vous auriez spontanément dites. Demandez ensuite à votre assistant de les transformer en questions ouvertes. Barrez celles qui contiennent encore un jugement déguisé. Gardez-en une seule, en moins de dix mots. Vous ne pouvez rien casser, et vous pouvez recommencer autant de fois qu'il le faut.
Retenez trois choses. Le moment d'abord : côte à côte, jamais en face à face, qui ressemble à un tribunal. La méthode ensuite : une seule question, puis un silence plus long que confortable. La sortie enfin : merci de m'avoir montré, et pas de morale. Une réserve pour finir : si un fait grave apparaît, la conversation ne suffit plus, et l'on appelle une ligne d'aide. Ici s'achève la première étape. À la suivante, nous passerons à la fabrication : une histoire illustrée, à deux.
L'idée
Une question ouverte appelle une démonstration ; un jugement appelle le silence. Le grand-parent n'est ni gendarme, ni naïf : il est curieux.
La démonstration
Voici l'exemple, entièrement fait sous vos yeux, avant que vous ne le fassiez vous-même.
Nous écrivons à notre assistant : « Je suis grand-père. Je veux parler à mon petit-fils de 14 ans de son usage de l'IA, sans lui faire la leçon. Voici trois phrases que j'ai envie de dire. Ça rend paresseux. Ce n'est pas un vrai ami. De mon temps, on cherchait dans le dictionnaire. Transformez chacune en une question ouverte, courte, sans reproche caché. Pour chaque question, dites aussi ce qu'elle risque de provoquer si je la pose mal. »
Exemple de réponse : « Un : au lieu de ça rend paresseux, demandez ce que ça fait gagner comme temps. Risque : glisser un soupir dans la voix, et le reproche revient. Deux : au lieu de ce n'est pas un vrai ami, demandez à quoi ça sert, le soir. Risque : enchaîner avec une mise en garde, qui referme aussitôt. Trois : au lieu de de mon temps, demandez montre-moi comment ça marche. Risque : commenter la démonstration au lieu de l'écouter. »
Nous relisons, et nous corrigeons une chose. La première question contient encore un jugement : parler de temps gagné suppose que le temps est perdu ailleurs. Nous la récrivons plus simplement : « Sur quoi ça t'aide le plus ? »
Nous gardons donc trois questions, et une consigne pour nous-même : poser, puis se taire. Cinq minutes de préparation valent mieux qu'une heure d'explication.
L'exercice guidé
Vous ne pouvez rien casser.
Vous ne pouvez rien casser. 1. Écrivez d'abord, à la main, les trois phrases que vous auriez spontanément dites. 2. Ouvrez votre assistant, collez la demande ci-dessus et remplacez les crochets par vos trois phrases. 3. Relisez les questions proposées et barrez celles qui contiennent encore un jugement déguisé. 4. Récrivez la meilleure avec vos mots, en moins de dix mots. 5. Posez-la lors du prochain moment côte à côte, puis taisez-vous et comptez lentement jusqu'à dix.
La consigne à copier :
Je suis [grand-père ou grand-mère] et je veux parler d'IA avec [un jeune de la famille], qui a [âge] ans. Voici trois phrases que j'ai envie de lui dire : [phrase 1], [phrase 2], [phrase 3]. Transformez chacune en une question ouverte, courte, qui ne contient aucun reproche caché et à laquelle on ne peut pas répondre par oui ou par non. Pour chaque question, indiquez le moment le plus favorable pour la poser, et l'erreur qui la ferait échouer. Terminez par une phrase de sortie qui ne conclut sur aucune morale.
Copié ! Collez-la dans votre assistant.Trois vérifications
Cochez chaque phrase quand elle est vraie pour vous :
Le quiz de la leçon
5 questions. La réponse est expliquée tout de suite. Vous pouvez réessayer autant de fois que vous voulez : aucune note n'est gardée.
1. Vous voulez savoir comment votre petite-fille se sert de l'IA pour ses devoirs. Quelle formulation ouvre le mieux ?
Une demande de démonstration place l'enfant en position de savoir, et l'adulte en position d'élève. Les trois autres formulations contiennent déjà leur réponse. Réflexe : je demande à voir avant de demander à savoir.
2. Vous avez posé votre question. Le jeune répond en trois mots, puis se tait. Que faites-vous ?
Le silence de l'adulte fait parler mieux que la relance, surtout à cet âge. Une deuxième question transforme l'échange en interrogatoire. Réflexe : une question, puis je compte jusqu'à dix.
3. Où et quand poser ces questions, pour qu'elles aient une chance ?
Le face-à-face ressemble à un tribunal, et l'enfant s'y assied comme au tribunal. Côte à côte, la parole vient sans regard qui pèse. Réflexe : je choisis le moment avant de choisir les mots.
4. Un ami vous conseille d'installer un logiciel qui lit en secret les conversations de votre petit-fils. Qu'en pensez-vous ?
Une surveillance découverte coûte la confiance pour des années, et l'enfant apprend surtout à mieux se cacher. Les outils de limitation, eux, s'annoncent et se discutent. Réflexe : ce que je fais en cachette, je ne pourrai pas le dire.
5. Pendant la conversation, votre petit-fils raconte qu'une fausse image de lui circule au collège. Que devient le dialogue ?
La conversation ouvre la porte, mais elle ne traite pas seule une diffusion d'images. Les lignes d'aide obtiennent des retraits rapides, et la trace du signalement compte. Réflexe : quand un fait apparaît, je passe des questions aux gestes.
Garder votre place
Et maintenant
D'ici demain, écrivez sur un papier une seule question, en moins de dix mots, et le moment où vous la poserez. Posez-la, puis taisez-vous en comptant lentement jusqu'à dix. Notez ensuite ce que vous avez appris, en une ligne. Nous vous reposerons une question dans 3 jours.
Comment avez-vous trouvé cette leçon ?
Deux questions, dix secondes. Vos réponses servent à corriger les leçons suivantes : c'est notre seul moyen de savoir ce qui passe mal.
Les mots de cette leçon
- Question ouverte
- Une question à laquelle on ne peut répondre ni par oui ni par non, et qui ne contient pas déjà sa réponse.
- Reproche déguisé
- Une question dont la formulation contient un jugement, par exemple lorsqu'elle suppose une faute avant la réponse.
- Moment côte à côte
- Un instant partagé sans se regarder en face — une marche, la vaisselle, la voiture — où la parole vient plus facilement.
- Surveillance cachée
- Le fait de lire les échanges d'un enfant sans le lui dire ; déconseillé par les services de prévention au profit du dialogue.